« JE VOUS DONNERAI UN AVENIR ET UNE ESPÉRANCE » (Jr 29, 11)
MESSAGE DE LA CONFÉRENCE DES ÉVÊQUES DE MADAGASCAR
Aux dirigeants et au peuple malagasy,
Aux Chrétiens et à toutes les personnes de bonne volonté,
Que la paix soit avec vous !
01. C’est en ce temps pascal que nous nous adressons à vous à travers cette parole de Jésus ressuscité. Nous, Évêques de Madagascar réunis à Antananarivo, vous adressons ce message qui vient compléter les différentes déclarations et prises de parole déjà publiées. Rappelons l’explication du Pape Léon XIV : “ lorsque Jésus saluait ses disciples, ce n’était pas seulement une salutation ou un souhait de paix, mais une paix déjà réalisée, car Jésus lui-même, dissipant les craintes des disciples, est la paix de Dieu. Voilà un an que nous avons ce Pape de la paix (8 mai 2025 – 8 mai 2026). Nous nous unissons à lui et le portons dans nos prières face aux lourdes responsabilités qu’il assume aujourd’hui pour cette paix, alors que tant de guerres font souffrir de nombreux peuples. Dans notre pays, nous rendons grâce à Dieu pour le jubilé d’argent (25 ans) d’épiscopat de Monseigneur le Cardinal Désiré Tsarahazana, Vincent Rakotozafy, Gaetano Di Pierro, Zygmunt Robaszkiewicz et José Alfredo Caires de Nobrega. Nous célébrons également les 25 ans du diocèse de Fenoarivo Atsinanana et les 20 ans de celui de Moramanga. Cependant, notre histoire récente a été assombrie par les destructions subies par la ville de Toamasina et ses environs à cause du cyclone Gezani. Nous remercions Dieu pour les élans de solidarité manifestés selon notre sagesse traditionnelle et l’enseignement de l’Évangile. Nous continuons d’encourager et de porter dans nos prières les victimes ayant perdu proches, biens et travail.
ESPERANCE ET INQUIETUDE
02. Dans la vie nationale, nous constatons que le peuple malgache vit à la fois dans l’espérance et dans l’inquiétude au carrefour que traverse actuellement le pays. Quelle joie et quel élan d’espérance a animé le peuple lors de l’arrivée de ce régime et des réformes annoncées avec tant d’insistance.
Des changements notables ont ravivé cet espoir, tels que la mise en avant de la primauté de l’État malgache, la réduction significative des pénuries d’eau et la coupure d’électricité (surtout depuis le premier gouvernement), la poursuite de la construction de routes, l’attention particulière portée aux fonctionnaires et à l’éducation.
03. Nous ne pouvons pas ignorer la réalité et les pratiques anciennes, qui persistent et malheureusement continuent de prendre de l’ampleur voire s’aggraver suscitant de l’inquiétude de la population. Parmi celles-ci figurent le coût de la vie devenu insupportable, les difficultés des agriculteurs à écouler leurs produits, l’insécurité, la corruption, les luttes de pouvoir et le favoritisme, les prises de parole mêlées d’insultes, de divisions et d’intimidations (surtout sur les réseaux sociaux), les revendications incessantes accompagnées de menaces de grève, l’excès d’éloges envers les dirigeants, le musellement ou l’arrestation de ceux qui ne partagent pas les opinions du pouvoir, les conflits fonciers, la destruction de l’environnement ainsi que les inégalités dans la prise en charge des différentes régions de Madagascar. Plus d’uns constate également la nomination de personnalités déjà problématiques aux yeux du peuple et de la société, ainsi que l’arrivée d’étrangers qui sèment la méfiance. Le pouvoir ne semble pas réellement émaner du peuple ni être au service du peuple. À ce jour, la refondation tant clamée dans les rues et au palais reste un rêve.
RENOUVEAU ET REFONDATION : VERS OÙ ALLONS-NOUS?
04. Telle est aujourd’hui la question et la réflexion qui occupent l’esprit de beaucoup. Aucune feuille de route politique claire et bien définie ne semble orienter cette refondation, sinon l’annonce d’un délai de deux ans et l’organisation d’une concertation nationale. Pendant ce temps, les véritables priorités du pays, en particulier celles qui concernent les citoyens les plus vulnérables, ne sont ni suffisamment prises en compte ni réellement respectées. Pourtant, la refondation exige la mise en œuvre d’une politique de développement intégral touchant tous les secteurs et tous les Malgaches, sans exception : la mentalité, les relations interpersonnelles, le mode de collaboration ainsi que le sens des responsabilités. Chacun doit prendre conscience qu’il a besoin de l’autre, et réciproquement, comme l’avait rappelé le pape François aux jeunes malgaches lors de sa rencontre à Soamandrakizay, le 7 septembre 2019 : « Personne ne peut dire : je n’ai pas besoin de toi. Il faut faire preuve d’humilité face à l’orgueil excessif, à l’arrogance et à la prétention de tout savoir. Madagascar appartient à nous tous et non à une minorité, à un groupe ou à une catégorie particulière. Chacun a sa part de responsabilité dans son développement, et cette responsabilité est appelée à compléter celle des autres. Personne ne peut se dérober ou rester indifférent car Madagascar appartient à tous les Malgaches. La Grande Île ne saurait être réservée à quelques privilégiés. Chaque citoyen est appelé à s’engager pour le véritable développement du pays, selon ses capacités, et cet engagement personnel doit se conjuguer avec celui des autres. Que personne ne dise : « Je n’en suis pas responsable.»
05. Le changement réel et profond est la condition indispensable d’une refondation effective, loin de toute utopie. Outre l’engagement personnel de chacun et celui de chaque région, les dirigeants portent une responsabilité majeure dans la réussite de cette refondation tant espérée par la nouvelle génération. Plus encore, le changement doit commencer par eux : leur manière de faire de la politique doit toujours viser le bien commun, loin de l’égoïsme et de la corruption. Ainsi, nous, évêques de Madagascar, exhortons les dirigeants ainsi que tous les citoyens malgaches à transformer nos diversités en richesse plutôt qu’en source d’antagonisme et d’exclusion réciproque. Cela exige également un engagement courageux : savoir se maîtriser, mesurer ses paroles, respecter ses engagements et oser dire la vérité en toute circonstance. Nous exhortons enfin les dirigeants et le peuple malgache à tirer les leçons des différentes crises politiques traversées par notre pays et à ne plus répéter les erreurs du
passé, lesquelles ont conduit Madagascar dans un profond gouffre dont les premières victimes demeurent toujours les plus vulnérables.
CONCERTATION NATIONALE : COMMUNION ET ESPERANCE
06. La concertation nationale a été proposée dès le départ comme la voie commune pour mettre en place les réformes attendues par tous.
Une concertation claire et efficace est nécessaire. Les personnes responsables de cette mission doivent être connues, respectées et dignes de confiance. Il leur appartient de s’assurer que le plus grand nombre des personnes puissent participer et de réaliser l’ampleur de la contribution de chacun et de chaque région, jusqu’à la base. Les objectifs à atteindre ainsi que les méthodes de travail doivent également être clairement définis. Les personnes appelées à participer doivent véritablement représenter la majorité et connaître leurs intérêts. L’écoute mutuelle et le dialogue dans le respect, la vérité, la justice, l’équité et le véritable amour de la patrie constituent le chemin sûr vers la réforme. La prise de parole cohérente et pleinement respectueuse est à soigner en permanence.
07. La fierté d’être Malagasy – peuple et nation unis et soudés – dictera ceux qui participent directement ou indirectement à la concertation nationale. Le peuple malgache lui-même doit être animé par cette conviction, inspiré par l’exemple de vie de ceux qui gouvernent ou aspirent à gouverner. L’arrogance politique et les intérêts particuliers de la région, du mouvement ou du parti seront à mettre de côté pour y parvenir. Il n’est pas nécessaire de flatter ou de dénigrer sans fondement la forme de gouvernement à mettre en place. Il en est de même pour ses partisans et ses opposants. Cela ne fera qu’entraîner des désaccords et des discours partisans. Ce sont les objectifs et les méthodes clairement définis qui permettront de déterminer la bonne voie. Il ne faut pas hésiter à supprimer ou modifier ce qui s’est révélé inefficace auparavant, et à maintenir ou renforcer ce qui a prouvé son efficacité pour le développement de Madagascar
08. La concertation devra être une source d’espérance pour le peuple malgache et un héritage durable pour les générations futures, afin qu’elle ne soit pas une simple perte de temps et d’argent. Le renouveau et la refondation doivent se manifester immédiatement. La concertation nationale malagasy produira des conclusions et des structures qui encourageront les citoyens à comprendre leurs rôles et leurs fonctions propres. Elles devront également rappeler la place et le rôle des autres, à tous les niveaux. Il faut aussi des conclusions et des structures empêchant les dirigeants et les responsables politiques de répéter les erreurs du passé. C’est cela qui donnera confiance aux Malgaches dans la capacité de Madagascar à progresser et dans leur propre contribution à ce développement. Si les orientations issues de la concertation sont claires et convaincantes, il sera facile pour le peuple souverain de les approuver ou de les rejeter. La préparation des élections est d’ailleurs inséparable de la concertation nationale. Cela concerne les structures, les règles et les responsables chargés de les organiser, afin que les résultats soient acceptés par tous. La concertation nationale ne doit pas être confondue avec des stratégies de conquête du pouvoir ni, pire encore, avec l’accaparement des postes.
UN PEUPLE QUI CHEMINE ENSEMBLE
09. Rien ne pourra empêcher les Malgaches d’être un seul peuple. Nous ne sommes pas un peuple rival ou ennemi les uns des autres, ni un peuple qui accepte d’être divisé ainsi. Les régimes successifs ont déjà montré que de telles attitudes ne nous ont pas permis d’avancer.
Nous sommes un peuple qui marche ensemble : unis dans le désir de progresser, affrontant et supportant ensemble les difficultés. La concertation nationale devrait nous conduire davantage à devenir un peuple qui s’éveille ensemble, se mobilise ensemble et avance ensemble. Toutefois il ne nous convient pas d’attendre passivement cette concertation ni un changement énorme et extraordinaire pour entrer dans la conversion et la refondation. Notre devoir quotidien en est actuellement le garant : « Ayez ambition de vivre en paix, de vous occuper de vos propres affaires et de gagner votre vie de vos propres mains », nous exhorte Saint Paul (1 Thess 4,11). C’est le moment de manifester que nous sommes un peuple qui chemine ensemble et d’en être jaloux. Ne cheminons jamais seul, ne combattons jamais seul puisque « un individu n’est pas un peuple ».
10. Chers compatriotes, l’avenir de Madagascar dépend de nous et de ce que nous faisons quotidiennement. Prenons continuellement en main notre vie. Restons debout comme un seul peuple et ne perdons pas courage. Ne laissons jamais s’affaiblir la vérité et le fihavanana détriment de rien que ce soit.
Vous, Chers dirigeants, que le peuple ne soit pas déçu de vous. Il attend de vous, responsables, ayant l’attitude de Raiamandreny, sans discrimination, assurant une proximité avec lui et le considérant redevable, se comporter comme des maîtres exigeant jusqu’au coeur de leurs sujets. Que vous soyez les premiers à être convaincus de la conversion et la refondation et donnez l’exemple de votre vie. Veuillez avec la plus grande attention aux décisions que vous prenez afin qu’elles ne deviennent pas un fardeau pour la nation et les générations futures..
Nous qui nous proclamons croyants, dirigeants comme fidèles surtout nous chrétiens, notre foi et une vie cohérente avec celle-ci constituant une garantie importante pour le développement de Madagascar. Eloignons l’hésitation et de l’indifférence qui contribuent à faire sombrer notre pays. Soyons toujours à l’avant-garde face aux grands défis de la nation. Que l’enseignement que nous avons reçu devienne source de renouveau et de réforme pour le pays..
Vous, Chers jeunes, ne vous limitez pas au présent, mais regardez l’avenir que nous partageons tous. Vous êtes l’espérance puisque votre vie actuelle détermine l’avenir. Evitez les divisions et fuyez les violences. Soyez des jeunes constructeurs et non des destructeurs. Nous comptons sur vous car nous sommes un peuple unique qui chemine ensemble. Ne vous laissez ni manipuler, ni tromper, ni acheter par l’argent. Nous avons confiance en vous, car nous sommes un seul peuple en marche ensemble.
Nous terminons notre message par ces quelques lignes extraites du discours de Monseigneur Tomasz Gryza, Nonce apostolique, lors de la fête du premier anniversaire du Pape à Ivandry Antananarivo, réitérant l’exhortation du Pape Léon XIV en Afrique qui considère la corruption comme un danger mortel qui doit être guéri par une nouvelle culture de la vérité […] Lorsque l’injustice corrompt les cœurs, le pain de tous devient la propriété de quelques-uns. » Le Pape, a-t-il continué,« qualifie la corruption de fléau qui doit être guéri par une nouvelle culture de justice […]
11. Restons unis à la Vierge Marie, notre Mère, particulièrement en ce mois de mai, en confiant sans cesse Madagascar au Sacré-Cœur de Jésus, en communion avec saint Joseph ainsi que les Saints et Bienheureux de notre patrie. Nous, vos Évêques et Rayamandreny, vous
adressons déjà nos salutations et nos vœux pour une sainte fête de l’Ascension et de la Pentecôte remplie de renouveau et de réforme par l’action de l’Esprit Saint.
Antananarivo, 13 mai 2026
Mémoire de Notre-Dame de Fatima
S.E. Mgr Marie Fabien Samuelin RAHARILAMBONIAINA, Evêque de Morondava, Président de la Conférence Episcopale de Madagascar
S.E. Mgr Jean Pascal ANDRIANTSOAVINA, Evêque d’Antsirabe, Vice Président
S.E. Mgr Jean Claude RAKOTOARISOA, Evêque de Miarinarivo, Secrétaire Général
S.E. Le Cardinal Désiré TSARAHAZANA, Archevêque de Toamasina
S.E. Mgr Filgence RABEMAHAFALY, Archevêque de Fianarantsoa
S.E. Mgr Nicolas RAKOTOJAONA, Archevêque Coadjuteur de Fianarantsoa
S.E. Mgr Jean de Dieu RAOELISON, Archevêque d’Antananarivo
S.E. Mgr Benjamin Marc RAMAROSON, Archevêque d’Antsiranana
S.E. Mgr Gustavo BOMBIN ESPINO, Archevêque de Tuléar
S.E. Mgr Gabriel RANDRIANANTENAINA, Evêque de Tsiroanomandidy
S.E. Mgr Georges Varkey PUTHIYAKULANGARA, Evêque de Port-Bergé
S.E. Mgr Marcellin RANDRIAMAMONJY, Evêque de Farafangana
S.E. Mgr Herivonjilalaina Orthasie Marcellin, Evêque d’Ambatondrazaka
S.E. Mgr Marek OCHLAK, Évêque de Fénérive Est
S.E. Mgr Rosario VELLA, Evêque de Moramanga
S.E. Mgr Jean Désiré RAZAFINIRINA, Évêque de Morombe
S.E. Mgr Clément Herizo RAKOTOASIMBOLA, Evêque de Maintirano
S.E. Mgr Fidelis RAKOTONARIVO, Evêque d’Ambositra
S.E. Mgr José Alfredo CAIRES DE NOBREGA, Evêque de Mananjary
S.E. Mgr Fulgence RAZAKARIVONY, Evêque d’Ihosy
S.E. Mgr Zygmunt ROBASZKIEWICZ, Evêque de Mahajanga
S.E. Mgr Donatien Francis RANDRIAMALALA, Évêque d’Ambanja
S.E. Mgr Luc Olivier RAZAFITSIMIALONA, Évêque de Tolagnaro
S.E. Mgr Mamiarisoa Modeste RANDRIANIFAHANANA, Évêque Auxiliaire d’Antananarivo
S.E.. Mgr Vincent RAKOTOZAFY, Evêque Émerite de Tolagnaro
S.E. Mgr Raymond RAZAKARIVONY, Evêque Emérite de Miarinarivo
S.E. Mgr Odon Marie Arsène RAZANAKKOLONA, Archevêque Émerite d’Antananarivo
S.E. Mgr Fulgence RABEONY, Archevêque Émerite de Toliara
S.E. Mgr Gaetano DI PIERRO, Evêque Émerite de Farafangana
S.E. Mgr Michel MALO, Evêque Emérite d’Antsiranana
S.E. Mgr Armand TOASY, Evêque Emérite de Port-Bergé