Donc, tout ce que vous voudriez que les autres fassent pour vous, faites-le pour eux, vous aussi (Mt 7, 12)
Lundi 22 juillet 2024

Eglise catholique à Madagascar

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Message de la Conférence des Evêques de Madagascar - Novembre 2023


À tous les Malagasy Compatriotes

"QUE DEVONS-NOUS FAIRE ?" (Lc 3,10)

Que la paix soit avec vous !

En ces temps, certes difficiles que notre pays traverse, la paix est plus que souhaitée. Nous mesurons les difficultés, les soucis, les angoisses de toutes sortes qui pèsent sur nous. Beaucoup d'entre vous attendent avec impatience, nous le savons, un message de réconfort et d'espérance de notre part, nous, Évêques de Madagascar. Bon nombre d'entre vous, en effet, ont puisé et bénéficié de l'éducation à travers les cheminements octroyés au sein de notre Église, aussi bien dans les écoles et les différents mouvements, que par les différents messages comme celui-ci, ou par des partages et collaborations effectués de plusieurs manières.

Quelles furent nos surprises et perplexités, en tant que Raiamandreny, observant ce que nous sommes en train de vivre aujourd'hui, vous en faites certainement les mêmes constatations. Nous vivons dans un monde de violence aussi bien par les moyens utilisés, que par les gestes et les mots. On se demande s'il existe encore des personnes de référence, considérées dans leur autorité, car on ne s'écoute plus entre résidants citoyens(1). Pire encore les différends entre nos politiciens, surtout nos candidats. Nous voyons, cependant, que c'est toujours le peuple qui en est les victimes. C'est d'autant plus triste de voir que c'est en ce moment crucial pour notre pays que la situation se gâte davantage. Nous sommes très reconnaissants envers ceux qui œuvrent consciencieusement, sans se décourager et qui font tout, de par leur sagesse, pour se rapprocher et pour tisser les relations entre les différentes entités.  

On entend souvent de vous, politiciens, et surtout vous les candidats avec vos partisans respectifs, les expressions suivantes : peuple, fihavanana, bien commun, état de droit, démocratie, développement, patriotisme, souveraineté nationale,… Ce sont des idéaux et des hautes valeurs qui garantissent le progrès de Madagascar. Toutefois on se demande : est-ce que la valeur de ces précieuses expressions est cohérente avec vos actes et votre identité de leadership ? Comment se fait-il que notre pays soit arrivé à ce stade, pour autant que ceux qui lui promettent le développement prônent ces valeurs ? Si nous étions capables d’être cohérents entre nos paroles et nos actes, notre pays ne devrait pas en être ainsi.

En ce moment, comme nous pouvons le constater, le processus électoral est bien perturbé. Les candidats et leurs partisans prétendent tous détenir la vérité et la légitimité, et être experts en droit. Nombreux sont les politiciens et les opérateurs économiques considérant Madagascar comme leur propriété privée si bien qu’ils le gouvernent à son insu. Cela a comme conséquences : l’insensibilité envers le peuple ou l’instrumentalisation, l’injustice, l’impunité, l’insécurité, le non-respect du bien commun et de l’intérêt général, la quête de l’intérêt personnel, l’égoïsme et la corruption (2). Le peuple, de son côté, baisse les bras, découragé, perdu sans aucun repère, et ne sait plus que faire. Ce dicton est d’actualité : « les sages ne sont pas prêts, et ceux qui sont prêts pourtant s’avèrent  incapables de faire avancer le pays ».

Méditant sur ce que nous vivons actuellement nous ne pouvons pas ne pas penser à l’expérience des foules au désert venues demander à Jean Baptiste : « Que devons-nous donc faire ? » (cf. Lc 3,10-14). Jean répondait à chaque entité leur disant ce qu’ils devraient faire. Nous aussi, posons-nous intérieurement la même question espérant avoir une réponse et des directives claires.

Disons clairement que pour une nation à la fois démocratique et un Etat de droit comme le nôtre, le peuple est souverain. C’est Le peuple exprimant sa volonté par le moyen des élections libres et transparentes qui en est le garant.

Nous faisons donc appel à vous, acteurs politiques et tous les responsables, surtout vous qui êtes en charge de gouverner actuellement et vous candidats aux élections : donnez au peuple la place qui lui revient, conformément au droit et au devoir qui sont les siens. Laissez-le s’exprimer et définir son avenir librement et selon la loi en vigueur à travers les élections. Arrêtez de harceler financièrement son choix. Exposez-lui plutôt un projet de société clair et réalisable. Si, vraiment, c’est le patriotisme qui vous anime, vous serez capables de modérer vos ambitions et vos intérêts personnels. Soyez les premiers modèles de loyauté.

Montrons que Madagascar appartient à nous tous. Suivez ce que vous dicte la voix de vos consciences. N’échangez en aucun cas vos choix contre de l’argent ou autres choses. Soyons imperturbables devant la pratique des politiciens qui nous entraînent à la dispute et à la discorde. Nous connaissons déjà bon nombre de ces candidats et leur manière de faire jusqu’à présent. Donc, votez en conséquence. Quand vous votez, ne regardez pas seulement le présent ou vos situations personnelles. Pensez également à la vie de la nation, à sa souveraineté, et en particulier à la génération future.

Evitez les provocations entre compatriotes, les violences et les mensonges. Vous les agents de sécurité, surtout vous les donneurs d’ordre, discerner vos manières d’agir dans la sécurisation du peuple qui relève de votre responsabilité et à laquelle vous avez prêté serments. Que le peuple soit toujours respecté et protégé.

Certes il y a des défaillances au niveau de l’organisation des élections. Nous ne pouvons pas, pour autant, attendre la perfection pour les déclencher, parce que la souveraineté nationale est si précieuse que nous devrions en être jaloux. Ainsi, que chacun prenne l’engagement qui lui revient pour que les élections se fassent dans les meilleures conditions. Le respect de la loi et la régularité, doivent être la règle d’or comme aussi la contribution de tout un chacun en vue d’observer le déroulement et le résultat des élections. Il ne revient pas à l’Eglise de reporter ni d’anticiper la date d’élections. Cela regarde l’autorité compétente. Que chacun exerce sérieusement ce qui lui est dû, selon l’exhortation paulinienne : « Mettez votre honneur à vivre tranquille et occupez-vous (chacun) de vos propres affaires » (1 Th 4,11).

Nous concluons notre message par un appel à l’examen de conscience, à la conversion et à la réconciliation. Personne n’en est exempte. C’est à travers un examen de conscience en profondeur et la prière que nous pouvons nous convertir. L’aveu de nos fautes et l’écoute d’autrui nous poussent à rencontrer Dieu et le prochain, ainsi qu’à prioriser toujours le bien commun. Cette humilité nous achemine vers la voie de la conversion. Nous-mêmes, comme notre pays, en avons besoin puisqu’elle garantit la réconciliation et l’authentique promotion qui est digne de nous. Ce qui ravivera, d’ailleurs, l’espérance des Malgaches.

Nous sommes de cœur avec vous qui êtes victimes blessées lors des manifestations de ces derniers jours et nous prions pour vous. Nous vous invitons tous à continuer toujours les prières pour Madagascar notre patrie bien-aimée, en communion avec la Vierge Marie Notre Mère, Reine de la paix, Saint Joseph, les Saints et les Bienheureux de notre pays. Que la miséricorde divine soit toujours notre confiance.

Nous vous bénissons dans le Seigneur.

Tous les Évêques de Madagascar

Fait à Antananarivo, le 9 Novembre 2023

Fête de la dédicace de la Basilique de Latran

1 Message de Conférence des Evêques de Madagascar, Pentecôte 2023.
2 Cf. Message de Commission Justice et Paix